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- Remarques provisoires sur le Numérique :: technique numerique
Apercu : Sa rumeur finit par masquer ce dont elle prétend convaincre. Ce que dit la rumeur est sans intérêt, sans importance ; elle ne chante que son propre glas. Nous répondons alors à la rumeur en répondant à notre interlocuteur, qui agit de même, et ce faisant, nous la reprenons bien à notre compte. Les réponses se trouvent, par la lecture ou les relations directes. Il est là comme un vide. Au-delà de ce vide, il y a peut-être une philosophie : philosophie analytique, cognitiviste, philosophie des sciences. Mais entre le manuel et la philosophie, il y a un vide, un vide silencieux. Le son numérique est-il meilleur que le son analogique ? On dit plus volontiers informatique que numérique. Informatique, contraction de information automatique, désigne un dispositif matériel destiné à effectuer des opérations cognitives à notre place. Carroll sous le nom de diagramme bi-littéral. Un livre peut-être anglais(0), y est-il dit, ou étranger(1), relié(0) ou broché(1), neuf(0) ou ancien(1), traduit(0) ou original(1). L'essence du numérique tient à ce simple petit diagramme, auquel, naturellement, quelques ingrédients devaient encore être ajoutés. Le plus intéressant, et sans doute le plus complexe, dans ce système, est comment se conjuguent à tous les niveaux le numérique et le sémantique. L'instrument numérique est donc fait de couches successives. Dans la pratique, on ne peut pas faire grand chose à cette surface : obtenir des informations, satisfaire sa contemplation, jouer, communiquer sommairement. Faire plus nécessite de plonger plus ou moins profondément sous cette première couche. On se surprend parfois, malgré soi, à se chercher des raisons de compliquer son travail. Il faut bien à un moment aborder une telle question. Prenons un nombre, quatre, par exemple. Serait-ce alors toujours le même nombre ? Je ne peux pas non plus le faire dépendre des signes dont je me sers pour le manipuler. En fait, le nombre est introuvable, que nous le cherchions du côté du signe ou de celui du référent. Peut-être est-il entre, définitivement entre ; un rapport. Je peux dire signe, mais ne pourrais pas dire représentation. On imagine le berger préhistorique comptant ses moutons en taillant des encoches sur un bâton, mais comment alors compte-t-il ses encoches ? Je peux même me décharger de cette tache sur une machine qui, bien sûr, sera incapable de toute intuition du numérique, mais fera simplement tourner un système. Il est assez probable que les mathématiques soient nées (pré)historiquement de la musique. Grèce antique, les deux disciplines ne se distinguent pas encore. L'expérience la plus immédiate du nombre est la musique, et non pas le son, moins encore le signe sonore, dont elle peut aussi bien se passer. Le numérique fait voler en éclats les frontières entre texte, image et son. Il fait plus que cela, il fait voler en éclats sa propre frontière avec le sémantique. Un livre est soit broché (0), soit relié (1). On pourra me dire, des sons. Le son, pourrait-on dire, rend audible la musique, comme, aussi bien, le son de la voix rend audible le texte. Il est alors, proprement, un média. La techno, par exemple, se sert de la musique pour présenter le son. Comment distinguer le son de la musique ? Il en va de même pour ce qui est de la perception des couleurs et des formes. Un média est une chose qui prend place entre deux autres pour assurer leur relation, leur passage, leur transcriptibilité, leur conversion. Bref, le texte est tantôt son, tantôt image, et toujours les deux (et toujours autre (ou entre) encore). Une observation plus fine encore suggère une autre remarque concernant la musique et le son. Je viens de dire que le son est le média de la musique. Est-ce à dire, que tout son serait musical de par son seul caractère périodique ? Ici je laisserai quelques questions ouvertes, faute de connaissance et de pratique. Quelle est la nature exacte du lien qui unit la musique à sa notation ? Elles leur sont même très exactement symétriques. On doit se méfier de cette distinction entre sémantique et sonore qui peut devenir trompeuse. Am si », sans naturellement en comprendre le sens. Dans le cas contraire, leur prononciation fait sauter aux yeux (si ! L'écriture mathématique est de nature essentiellement sémantique. Les signes mathématiques montrent des quantités sous une forme qualitative, si je puis dire. La pratique des mathématiques en tout cas entraîne à voir dans chaque nombre des propriétés qui en font un véritable être qualitatif. La portée, la mesure, les notes, les silences, les altérations. L'importance du numérique est masquée par la quantité des applications auxquelles il se prête, aussi bien que par les techniques et les découvertes annexes dont il se sert, qui ne lui sont jamais étrangères dans le principe, sans lui être nécessairement consubstantielles. L'internet est une application du numérique, et même plus, une conséquence. L'électronique, en tant que matériel, et le numérique, en tant que principe de traitement des données, ont offert des possibilités qui restent encore difficilement imaginables. L'ensemble de ces correspondances constitueraient ainsi une trame (web) qui recoupait les principales initiatives intellectuelles du temps et associait leurs efforts. Il y a, par exemple, une technique pour dessiner la perspective. On y trace un ou plusieurs points de fuite. On trace des diagonales à ces points. Ce travail peut aussi bien être abandonné à la nature. On peut encore laisser achever le travail par la nature en remplaçant la toile par une plaque photosensible. La succession de ces trois techniques suggère quelques remarques. Si la technique est un procédé opératoire, toute innovation technique consiste à abandonner le procédé antérieur à la nature. On pourrait dire que la technique supprime la technique. Que signifie ici abandonner à la nature ? Dire que la technique abolit de la technique peut être trompeur, mais se révèle assez juste en ce qui concerne la production industrielle. La technique, du moins, y abolit de la qualification technique. L'ouvrier a été intégré dans le procès de production comme simple force de travail dans un cycle automatisé. Une telle distribution, qui est en réalité beaucoup plus problématique que ne le laisse croire une simple définition statutaire, est certainement malmenée par le numérique. Il y a, de fait, une technique, et même des techniques du numérique : techniques de calcul, techniques de programmation. Les premiers inévitables tâtonnements se compensent vite par un plus grand confort de travail. Celui-ci est principalement dû à la suppression de certaines tâches répétitives. Il ne supprime que des gestes. Il ne fait certainement pas oublier la technique qui était nécessaire avant lui, tout au contraire. Il fournit surtout un surcroît de moyens qui demande un surcroît de technique. Supposons que je veuille faire un dessin en perspective. Je peux multiplier ces trois possibilités par deux en utilisant un scanner avec lequel je peux numériser un dessin à main levée, un dessin avec des lignes de fuite, ou encore un plan. Pour utiliser un éditeur de partition il est nécessaire de connaître le solfège. Canaletto ; où les proportions et les mesures concernent alors la composition et la position de la surface optique par rapport au fond de la chambre noire. Pas question même de dresser un mur trop infranchissable entre différents spécialistes des différents niveaux. La technique numérique a bien du mal à rester secrète, par sa nature même. Elle ressemble plutôt à une superposition de casse-tête.
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